19 février 2025 Par AMIS DE SABEEL - FRANCE

Trahison
de la justice : Kairos Palestine rejette la proposition de
nettoyage ethnique faite par Trump et appelle à une action au niveau
mondial.

« Malheur
à ceux qui prescrivent des lois malfaisantes et, quand ils rédigent,
mettent par écrit la misère. Ils écartent du tribunal les petites
gens et privent de leurs droits les pauvres de mon peuple. »
Ésaïe, 10,1-2.

Bethléem,
6 février 2025.

Le
4 février 2025, le président Donald Trump et le Premier ministre
israélien Benyamin Netanyahou, qui est lui-même l’objet d’un mandat
d’arrêt délivré par la Cour Pénale Internationale pour crimes de
guerre présumés, se sont rencontrés à la Maison Blanche pour
échanger sur la situation actuelle à Gaza et plus généralement au
Moyen-Orient. Au cours de cette rencontre, le président Trump a
proposé un plan selon lequel les États-Unis prendraient le contrôle
de la bande de Gaza et a suggéré que les Palestiniens soient
réinstallés de manière permanente dans des pays voisins, comme la
Jordanie et l’Égypte. Il a décrit Gaza comme un « site de
démolitions » et un « enfer », reconnaissant ainsi
et même soulignant que Gaza n’est plus habitable. Il s’agit là d’un
aveu public sur la gravité des crimes de guerre et des crimes contre
l’humanité commis à Gaza par Israël avec le soutien des États-Unis
d’Amérique. Le président Trump propose ainsi

un projet de
style néocolonial consistant

à « vider
Gaza de sa population » en vue d’un réaménagement « de
classe mondiale » visant à transformer la bande de Gaza en une
« Riviera du Moyen-Orient ».

Cette
proposition maléfique de crime de guerre a été largement condamnée
et ne doit en aucun cas être acceptée. Les dirigeants palestiniens
et de nations tant arabes que non arabes ont totalement rejeté cette
idée, la considérant comme un nettoyage ethnique et une violation
flagrante du droit international. Le représentant palestinien aux
Nations Unies a souligné le droit des Palestiniens à rester dans
leur pays d’origine, déclarant que « Nous n’accepterons
aucun plan visant à déraciner notre peuple de sa terre ». Le
Conseil œcuménique des Églises a, de son côté,

appelé le
président Trump à « reconsidérer ce projet honteux et
respecter le droit international ainsi que la dignité et des droits
humains de la population de Gaza ».

Cette
proposition dangereuse et irresponsable vient en même temps qu’un
fragile cessez-le-feu entre Israël et le Hamas qui a commencé le 19
janvier 2025. Ce cessez-le-feu prévoit un échange de prisonniers,
qui reste encore incomplet. L’approbation par le président Trump
d’un nettoyage ethnique à Gaza mettra le cessez-le-feu en péril et
entravera les négociations en cours pour la seconde phase de cet
accord. De telles propositions et actions encourageront Netanyahou et
son gouvernement fasciste à reprendre leur guerre génocidaire
contre la population civile de Gaza et risquent de déstabiliser
encore davantage cette région déjà bien fragile.

En
même temps M. Mike Huckabee, que le président Trump vient de nommer
ambassadeur en Israël, ainsi que d’autres membres du Congrès ont
fait des déclarations dans lesquelles ils nient l’existence-même
des « Palestiniens » en tant que nation, ainsi que celle
de « la Cisjordanie ». Ces déclarations sont le reflet

d’une
tentative dangereuse de mettre en œuvre un nettoyage ethnique en
Cisjordanie. Une telle position politique a conforté le désir
expansionniste d’Israël. Nous constatons que dans la ville de Jénine
et dans son camp de réfugiés, une opération militaire israélienne
de grande envergure a entraîné le déplacement forcé de milliers
de Palestiniens. Les attaques sanglantes qui ont commencé fin
janvier 2025 ont transformé le camp de réfugiés de Jénine en une
« ville fantôme » avec la destruction de nombreuses
infrastructures et maisons. Selon l’Office de secours et de travaux
des Nations unies (UNRWA), les normes essentielles pour pouvoir y
vivre n’existent plus, et de nombreux résidents ne savent plus où
aller.

Pendant
ce temps, la situation ne cesse de se détériorer dans l’ensemble
de la Cisjordanie, et tout particulièrement à Bethléem où les
sévères restrictions de déplacements, les confiscations de terres
et la violence grandissante des colons rendent la vie insupportable
aux résidents palestiniens. La récente décision du gouvernement
israélien de démolir les maisons du village voisin d’Al-Nu’man et
de déplacer ses habitants, effaçant de fait leur présence, met en
évidence la campagne de nettoyage ethnique en cours contre les
communautés palestiniennes. Les Palestiniens chrétiens, qui ont
toujours fait partie de l’identité-même de la ville de Bethléem,
subissent en ce moment d’énormes pressions à travers les conditions
de vie insupportables qui leur sont imposées par l’occupation
israélienne pour les faire partir. Les Églises et institutions
religieuses n’ont cessé de condamner ces actions, rappelant que le
berceau-même du christianisme est systématiquement vidé de sa
population chrétienne autochtone.

Kairos
Palestine condamne et rejette catégoriquement les plans du président
Trump qui visent au déplacement forcé et à l’éradication de notre
nation tout entière. Nous considérons ce plan colonialiste
réactualisé comme diabolique, comme « un péché contre Dieu
et la personne humaine », comme nous l’avions déjà écrit
dans le document Kairos Palestine en 2009. Nous tenons le
gouvernement des États-Unis et les lobbies sionistes chrétiens pour
responsables, à cause du rôle qu’ils jouent dans le nettoyage
ethnique du peuple palestinien et de la communauté chrétienne
autochtone. Nous lui demandons, ainsi qu’à son gouvernement et à
ses alliés, de respecter les droits inaliénables du peuple
palestinien, de défendre son droit à l’autodétermination, et de
mettre fin à tous les efforts visant à saper son existence au sein
de sa patrie. Toute initiative qui se dit de paix alors qu’elle ne
se préoccupe ni de justice ni de dignité humaine n’est rien d’autre
qu’une prolongation de l’oppression. Nous souscrivons également à
l’appel du Conseil œcuménique des Églises qui invite « tous
les gens de foi et de bonne volonté à s’opposer à cette violation
flagrante de la dignité humaine et du droit international ».


Dans
notre document Kairos Palestine « Un moment de vérité »
de 2009, nous avons écrit au paragraphe 4.2.1 :
« L’injustice
imposée au peuple palestinien, c’est-à-.dire l’occupation
israélienne, est un mal auquel il faut résister et qu’il faut
écarter. Cette responsabilité incombe tout d’abord aux
Palestiniens eux-mêmes qui subissent l’occupation… Elle incombe
ensuite à la communauté internationale, car c’est la légitimité
internationale qui gouverne aujourd’hui les rapports entre les
peuples »
.

Il
ne faut pas que la communauté internationale reste passive face à
ces crimes de guerre et à ces crimes contre l’humanité. Il est
impératif que les Églises, les hommes politiques et les dirigeants
mondiaux prennent une position définitive. Ils doivent faire
pression sur Israël et sur le président Trump pour qu’ils
respectent l’accord de cessez-le-feu, mettent fin à l’occupation
israélienne de Gaza et de l’ensemble des territoires palestiniens,
et s’engagent à reconstruire Gaza sans conditions. En outre, le
droit des Palestiniens à l’autodétermination doit être respecté,
et les États-Unis doivent adhérer au droit international et arrêter
de menacer des institutions comme la Cour pénale internationale
(CPI) et la Cour internationale de justice (CIJ).

Kairos
Palestine

Traduit
par les Amis de Sabeel France