DÉCLARATION DE L’ÉGLISE UNIE DU CHRIST (UNITED
CHURCH OF CHRIST) DES ÉTATS-UNIS POUR UNE PAIX JUSTE
ENTRE LA PALESTINE ET ISRAËL
Présentation, Texte, et Lettre de remerciement
Présentation
Le projet de résolution présenté ci-dessous a été présenté au
33ème Synode Général de l’Église Unie du Christ aux
États-Unis d’Amérique qui s’est tenu du 12 au 18 juillet 2021,
et a été voté le dimanche 18 juillet par 83% des délégués (462
oui, 78 non, et 18 abstentions). Des discussions serrées tournaient
notamment autour de trois points :
-
Fallait-il garder le mot « péché » ? Le comité
qui présentait le projet de résolution au Synode général avait
proposé de le supprimer, le trouvant trop violent, mais les
délégués au Synode ont décidé de le maintenir : « Si
ceci n’est pas un péché, qu’est-ce alors qu’un péché ? »
avait dit l’un d’eux. Nous avons mis le mot en rouge pour le
trouver plus facilement. Il figure dans le dernier « Considérant
que » et dans l’affirmation n° 1 de la Déclaration,
à la ligne 2. -
Fallait-il garder le mot « apartheid » ? Le comité
de présentation du projet de résolution proposait de le retirer
pour « ne pas heurter les relations avec d’autres
communautés religieuses », mais là encore les délégués au
Synode ont décidé de le maintenir. Nous avons mis le mot également
en rouge pour le trouver plus facilement. Il figure dans
l’affirmation n° 3 de la Déclaration, à la ligne 6. -
Fallait-il aller aussi loin jusqu’à demander de suspendre toute
aide américaine à Israël comme le demandait le texte initial du
projet de résolution ? Les délégués au Synode Général ont
fini par limiter leur demande à la suspension de la seule aide
militaire. C’est la seule modification importante qui a été
faite au projet de résolution. Nous avons mis le mot « militaire »
en rouge pour le trouver plus facilement. Il figure sous l’intitulé
« Il est enfin décidé » de la Déclaration, au
point e (page 8 ligne 37).
À noter que l’Église Unie du Christ, comme bien d’autres
Églises aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde, n’hésitent pas
à prendre publiquement position sur des sujets de politique
extérieure ou intérieure de leur gouvernement.
Nous vous présentons ci-dessous la Déclaration pour une paix
juste entre la Palestine et Israël telle qu’elle a été votée
par le 33ème Synode général de la United Church of
Christ, et ajoutons le courrier de remerciement envoyé au
secrétaire général et président de cette Église par les
responsables de Kairos Palestine.
Les traductions ont été faites par les Amis de Sabeel France.
Ernest Reichert, président des Amis de Sabeel France
Texte de la
DÉCLARATION
POUR UNE PAIX JUSTE ENTRE LA PALESTINE ET ISRAËL
Proposée
par l’Église Unie du Christ (UCC) Shalom, New Haven, Connecticut,
et
soutenue par :
–
la Première Église, Église Unie du Christ (UCC), Guilford,
Connecticut,
–
la Première Église Congrégationelle (UCC), Old Lyme, Connecticut,
–
l’Église Congrégationelle de Meriden (UCC), Meriden, New
Hampshire,
–
l’Église Congrégationelle Union, (UCC), Angels Camp, Californie,
et
–
l’Église Unie du Christ du Pèlerin, Carlsbad, Californie.
SOMMAIRE
DU PROJET DE RÉSOLUTION
La
résolution demande au Synode Général d’adopter une Déclaration
sur les conditions d’une paix juste entre la Palestine et Israël
exprimant les règles qui doivent être mises en place et respectées
afin de permettre des relations justes et pacifiques entre Israël et
la Palestine. La Déclaration affirme que c’est la justice –
comprise comme adhésion tant au message des prophètes hébreux et à
la vie et à l’enseignement de Jésus qu’aux lois internationales
appropriées – qui doit être la règle fondamentale et
incontournable permettant un avenir pacifique tant pour Israël que
pour la Palestine. Elle exclut un avenir imposé par la force
militaire, l’occupation illégale, des spoliations ou l’annexion
unilatérale de territoires sous la justification d’une théologie
impérialiste. La Déclaration affirme que la poursuite de
l’oppression du peuple palestinien par Israël est un péché
incompatible avec l’Évangile. Elle appelle les diverses Églises
locales, les regroupements régionaux d’Églises et leurs diverses
associations à adopter cette Déclaration comme leur ligne de
conduite afin de répondre aux attentes de nos partenaires de cette
région du monde et d’intervenir en leur faveur auprès du
gouvernement des États-Unis, afin que celui-ci mette en place une
politique conforme à ces mêmes règles.
La
résolution fait suite à plus de cinquante années d’actions du
Synode Général, de déclarations de représentants de l’Église
Unie du Christ et d’actions menées par son service de relations
internationales et les éléments constitutifs historiques de ce
dernier. Elle se réfère au témoignage de ses partenaires
œcuméniques, dont le Conseil National des Églises aux États-Unis
et le Conseil Œcuménique des Églises, et est une réponse au
témoignage de nos partenaires chrétiens palestiniens et plus
particulièrement aux appels de Kairos Palestine : Une
parole de foi, d’espérance et d’amour venant du cœur de la
souffrance palestinienne
en 2009, et Un
cri pour de l’espoir, Un appel à une action décisive en
2020.
La
Déclaration
de foi de l’Église Unie du Christ nous
rappelle que « Dieu appelle l’Église à accepter les
exigences et les joies de l’état de disciples … et à résister
aux puissances du mal ». La Déclaration
appelle l’Église Unie du Christ à s’engager dans une démarche
exigeante de solidarité et d’accompagnement avec le peuple
palestinien, et à résister à la spoliation, à l’occupation et à
l’oppression tant économique que militaire de la Palestine.
FONDEMENTS
BIBLIQUES, HISTORIQUES, THÉOLOGIQUES
Dans
leur document Kairos Palestine : Une parole de foi,
d’espérance et d’amour venant du cœur de la souffrance
palestinienne de 2009, les chrétiens palestiniens affirment
ceci :
« Nous croyons que notre terre a une vocation universelle. Dans
cette vision d’universalité, le concept des promesses, de la
terre, de l’élection et du peuple de Dieu s’ouvre pour embrasser
toute l’humanité, à commencer par tous les peuples de cette
terre. À la lumière des Écritures Saintes nous voyons que la
promesse de la terre n’a jamais été à la base d’un programme
politique. Elle est plutôt une introduction au salut universel, et
donc le début de la proclamation du Royaume de Dieu sur terre »
(Kairos Palestine 2.3).
Dans
le livre de la Genèse, la promesse de Dieu concernant le pays et sa
bénédiction ne signifiaient pas en premier la possession du pays,
mais le rôle du peuple d’Israël comme devant être une
bénédiction par laquelle « seront bénies toutes les familles
de la terre » (Genèse 12.3).
Walter
Brueggemann, bibliste de l’Église Unie du Christ, écrit que « la
Torah et le monde qu’elle évoque va bien au-delà de la possession
d’une terre », et que « cette idée mène à ‘une
vraie communauté de tous’ qui transcende tout tribalisme ».
(dans Chosen ?
Reading the Bible Amid the
Israeli-Palestinian Conflict /
Élus ? Lire la Bible dans le cadre du conflit
israélo-palestinien, 2015, p. 37). Il poursuit en citant
le philosophe juif Martin Buber : « Toute l’histoire de
ce trajet qui va de l’Ur des Chaldéens au Sinaï découle de
choix, de séparations et d’évènements historiques, d’histoire
tribale et d’histoire nationale. Mais il y a au-dessus d’eux une
révélation qui leur donne tout leur sens et leur assigne un but.
Car la finalité de toutes ces séparations est une vraie communauté
pour tous les humains ».
En
1987, le Synode Général affirmait reconnaître que l’alliance de
Dieu avec le peuple juif n’avait pas été résiliée ou abrogée
par Dieu mais qu’elle conservait toute sa force, car « les
dons et l’appel de Dieu sont irrévocables” (Romains 11.29) :
un refus net de toute théologie chrétienne de la substitution. Le
Synode Général de 2003 a rejeté les affirmations théologiques du
sionisme chrétien qui visent à privilégier les juifs de l’État
moderne d’Israël par rapport aux autres habitants de ce pays. Tout
en reconnaissant « la diversité des affirmations bibliques sur
le thème d’un territoire propre aux juifs », il affirmait
qu’elles « devaient toutes être enracinées dans le message
de justice et de paix qui était celui de Jésus et des prophètes de
la Bible ». Ce message est résumé dans le passage d’Isaïe
que Jésus a cité à Nazareth quand il a inauguré son ministère :
« L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a
conféré l’onction pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres. Il
m’a envoyé pour proclamer aux captifs la libération et aux
aveugles le retour à la vue, renvoyer les opprimés en liberté,
proclamer une année d’accueil par le Seigneur » (Isaïe
61.1-2 ; Luc 4.18-19). Isaïe nous rappelle que l’accumulation
de biens au mépris de la justice et du droit ne conduit qu’à un
avenir stérile : « Malheur ! Ceux-ci joignent maison
à maison, champ à champ, jusqu’à prendre toute la place et à
demeurer seuls au milieu du pays » (Isaïe 5.8).
Par
ses organismes missionnaires, l’Église Unie du Christ a conservé
des relations étroites avec la communauté chrétienne palestinienne
ainsi qu’avec l’ensemble de la population arabe de Palestine.
Pendant des décennies, elle a soutenu des Églises et des
organisations liées aux Églises ainsi que des organisations
humanitaires, de droits humains et de justice sociale, en Palestine
et en Israël, afin que tous ceux qui habitent ce pays puissent jouir
des bienfaits de Dieu et pour que prennent fin la violence et
l’oppression qui ont malmené cette région durant plus de 70 ans.
Dans
la logique d’une telle compréhension, le Synode Général n’a
cessé d’appeler à la réalisation pour Israël et la Palestine
d’un avenir fondé sur la justice et la sécurité pour tous, et
pour le principe d’autodétermination. En 1973 le Synode Général
a déclaré que « la paix et la sécurité ne peuvent s’obtenir
que par un règlement politique juste et équilibré qui tiendra
compte des aspirations légitimes de tous les habitants de cette
région, et en particulier le droit à l’existence de l’État
d’Israël et les droits des arabes palestiniens ». En 1997,
le Synode Général appelait à un accord négocié sur le statut de
Jérusalem « qui respecte les droits humains et politiques des
Palestiniens comme des Israéliens, ainsi que les droits des trois
communautés religieuses ».
En
2005, le Synode Général a appelé les institutions et les membres
de l’Église Unie du Christ « à recourir à des moyens
économiques incluant, sans toutefois s’y limiter, la demande de
renouvellement des subventions américaines en vue de limiter la
militarisation du Moyen Orient, un soutien à des partenaires et
autres groupes travaillant à une résolution non-violente du
conflit, la contestation des activités d’entreprises qui tirent
profit de la poursuite du conflit, et le désinvestissement de
sociétés qui refusent de changer leurs sources de profit liées à
la pérennisation de la violence, entre autres celle qu’est
l’occupation [des territoires palestiniens] ». En outre, le
même Synode, dans une résolution sur la construction par Israël de
la barrière de séparation, appelait le gouvernement israélien « à
abandonner le projet de construction de la barrière, à démolir les
parties déjà construites et à accorder des dédommagements à ceux
qui ont déjà perdu leurs maisons, leurs champs, leurs propriétés
et/ou la vie et la santé en raison de la barrière et de ses
conséquences ».
En
2015, le Synode Général a appelé les institutions de l’Église
Unie du Christ à « désinvestir de toute participation directe
ou indirecte significative dans des sociétés tirant profit ou étant
complices de violations des droits humains en lien avec l’occupation
des territoires palestiniens par l’État d’Israël » et à
« boycotter les produits identifiés comme provenant de
colonies illégales situées dans les territoires palestiniens
occupés ou utilisant les installations de celles-ci ».
En
2017 le Synode Général a appelé Israël à respecter la Convention
des Nations Unies sur les Droits de l’Enfant, et a attiré
l’attention sur la pratique [par Israël] de la détention
militaire d’enfants palestiniens, sur son refus de permettre le
recours à une assistance juridique et sur sa pratique de mauvais
traitements physiques ou psychologiques.
Plus
récemment, en 2019, le Synode Général a appelé à la défense des
droits des réfugiés palestiniens conformément à la Résolution
194 de l’Assemblée Générale des Nations Unies de 1948, et à la
poursuite du financement de l’Office de Secours et de Travaux des
Nations Unies (UNRWA) par les États-Unis.
TEXTE
DE LA MOTION
CONSIDÉRANT QUE depuis plus de soixante-dix ans le peuple
palestinien subit l’expropriation de ses terres, l’expulsion hors
de ses maisons, une dure occupation militaire, de sévères
restrictions de déplacements, la mise en détention de ses enfants,
des démolitions de maisons – plus de 120 000 à ce jour et
des menaces permanentes d’en subir plus encore – et d’importantes
inégalités dans l’accès aux ressources naturelles, économiques
et médicales en comparaison avec celles dont bénéficient les
citoyens israéliens qui habitent dans les colonies israéliennes
illégales en Cisjordanie, et qu’il subit aussi de façon
quotidienne de sévères limitations d’accès à ses oliveraies, à
ses fermes et à ses lieux saints1 ;
et
CONSIDÉRANT QUE l’on compte plus de 5,6 millions de
réfugiés palestiniens enregistrés par l’Office de secours et de
travaux des Nations Unies (UNRWA) représentant un déplacement
mondial de Palestiniens remontant à 1948 et dont le statut futur
n’est toujours pas résolu2 ;
et
CONSIDÉRANT QUE le gouvernement israélien poursuit depuis
1967 une occupation militaire illégale des territoires palestiniens
comportant la création de colonies illégales réservées aux seuls
Juifs partout en Cisjordanie, et qu’il a mis en œuvre plus
récemment une discrimination officielle contre ses citoyens arabes
par le vote de la loi d’État-Nation en 20183 ;
et
CONSIDÉRANT
QUE des actions provocatrices menées sous l’administration
Trump, comme le transfert de l’ambassade des États-Unis à
Jérusalem, la suspension de l’aide humanitaire à l’Office de
secours et de travaux des Nations Unies (UNRWA) et le soutien apporté
au projet illégal israélien d’annexion de terres en Cisjordanie,
ont encore aggravé la situation de la communauté palestinienne et
créé de sérieux obstacles à la paix4 ;
et
CONSIDÉRANT
QUE le ministère de l’Éducation de l’administration Trump a
émis une loi qualifiant d’action antisémite toute critique de
l’État d’Israël afin de supprimer tout plaidoyer en faveur des
droits des Palestiniens sur les campus des universités et a rejoint
de nombreux gouvernements d’États en supprimant aussi la liberté
d’expression en matière de soutien à l’appel de la société
civile palestinienne aux boycotts, désinvestissements et
sanctions5 ;
et
CONSIDÉRANT
QUE des actions d’Israël, avec le soutien tacite ou
déclaré du gouvernement des États-Unis, ont créé des conditions
comparables à celles en vigueur sous Jim Crow dans les États du sud
des États-Unis entre ‘Reconstruction’ et le mouvement des Droits
Civils avec des lois de ségrégation qui promouvaient la domination
et l’oppression systématiques des noirs par les blancs. Les
actions de domination d’Israël s’expriment entre autres par
l’adoption de la Loi d’État-Nation en 2018, la construction de
la barrière de séparation, l’instauration d’un système de
permis désavantageux pour les Palestiniens, la construction
d’autoroutes réservées aux seuls Israéliens à travers la
Cisjordanie, et la détention militaire forcée d’enfants
palestiniens accusés de crimes ; et
CONSIDÉRANT
QUE le Synode Général de l’Église Unie du Christ et
ses responsables ont depuis plus de cinquante ans plaidé pour un
accord négocié conduisant à une paix juste entre Israël et la
Palestine impliquant l’adhésion au droit international et aux
normes internationales de droits humains et garantissant le principe
d’autodétermination et les droits des réfugiés palestiniens6 ;
et
CONSIDÉRANT
QUE, tout comme l’ont fait au cours de l’histoire les
États-Unis, le Canada, l’Australie et l’Afrique du Sud, Israël
met aujourd’hui en œuvre une forme de colonialisme de peuplement7
qui se manifeste par le déplacement et l’éradication de la
population indigène palestinienne par le moyen d’une politique de
contrôle qui s’exprime à travers l’imposition d’une
occupation militaire dure, l’annexion de facto de terres
palestiniennes et la menace de plus d’annexions encore, l’expansion
de colonies illégales réservées aux seuls Juifs à Jérusalem-Est
et en Cisjordanie, la réduction des terres sous contrôle
palestinien et les restrictions de déplacement imposées aux
Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza.
CONSIDÉRANT
QUE l’appel Un cri pour de l’espoir :
Un appel à une action décisive publié en juillet 2020 par des
dirigeants et des théologiens palestiniens chrétiens8
déclare que « Il en va de l’être même de l’Église, des
exigences fondamentales de notre foi chrétienne, et de la
crédibilité de l’Évangile. C’est pourquoi nous déclarons que le
soutien à l’oppression du peuple palestinien, que ce soit
passivement ou activement, par le silence, en paroles ou en actes,
est un péché. Et nous affirmons que le
soutien chrétien au sionisme comme théologie et idéologie qui
justifie le droit d’un peuple à nier les droits humains d’un autre
peuple, est incompatible avec la foi chrétienne et constitue un
détournement grave du message biblique ».
IL
EST PAR CONSÉQUENT DÉCIDÉ que le trente troisième Synode
Général de l’Église Unie du Christ adopte la Déclaration
suivante :
-
Nous affirmons que l’oppression du peuple palestinien qui
se poursuit depuis plus de cinq décennies reste une question
d’urgence théologique et constitue un péché
en ce qu’elle viole le message des prophètes de la Bible
tout comme celui de l’Évangile, et que tous les efforts pour
justifier l’oppression du peuple palestinien ou lui donner une
légitimation par la communauté chrétienne, que ce soit
passivement ou activement, par le silence, la parole ou l’action,
constituent une violation fondamentale de l’Évangile.
C’est pourquoi nous rejetons l’idée que l’occupation de
la Palestine par Israël est un problème purement politique étranger
aux préoccupations de l’Église, ou que l’oppression du peuple
palestinien est une conséquence inéluctable d’intérêts
géopolitiques à l’échelle mondiale ou régionale.
-
Nous affirmons que l’horizon du récit biblique qui
commence par la création et se poursuit par l’appel des
Israélites, les rappels à l’ordre des prophètes, l’incarnation
et le ministère de Jésus et le témoignage des apôtres jusqu’aux
« extrémités de la terre »… annonce la bénédiction
de Dieu qui concerne « toutes les familles de la terre »
(Genèse 12.3).
C’est pourquoi nous rejetons toute théologie ou idéologie
incluant des préjugés comme ceux du sionisme chrétien, des
théologies de la substitution, ou antisémites ou anti-islam qui
privilégieraient ou excluraient une quelconque nation, race, culture
ou religion du projet universel de la grâce de Dieu.
-
Nous affirmons que tous les habitants de Palestine et
d’Israël ont été créées à l’image de Dieu et que ceci leur
confère à tous un caractère sacré et une dignité ultimes ;
C’est pourquoi nous rejetons toute loi et toute procédure
judiciaire utilisées par une race ou une religion ou une entité
politique particulière pour conférer à l’un des peuples un
statut juridique privilégié aux dépens de l’autre, tel le
système israélien de lois et de procédures juridiques d’apartheid.
-
Nous affirmons que tous les peuples ont droit à
l’autodétermination et à un État souverain dans lequel ils
pourront organiser les aspirations religieuses, culturelles et
politiques de tous leurs citoyens sans subir les manipulations ou
pressions de puissances extérieures, et qu’une résolution juste
de revendications en conflit les unes avec les autres ne peut être
obtenue que par une protection équitable des droits civils de tous
les citoyens, un partage équitable et juste des territoires et des
ressources, et des négociations pacifiques fondées sur le droit
international et les résolutions des Nations Unies.
C’est pourquoi nous rejetons tout recours aux Écritures
Saintes pour revendiquer un droit divin à la terre comme Israël le
fait pour justifier l’accaparement et l’annexion illégales de
territoires palestiniens, et comme c’est aussi le cas quand Israël
ou les États-Unis imposent de soi-disant accords de paix par la mise
en œuvre d’une domination politique et militaire qui n’accorde
aux Palestiniens ni des droits égaux, ni la pleine citoyenneté, ni
la possibilité de s’épanouir aux plans religieux, culturel,
politique et économique.
-
Nous affirmons le droit des réfugiés palestiniens à
revenir dans leurs foyers s’ils le souhaitent, ou à être
indemnisés pour la perte de leurs propriétés conformément à la
résolution 194 de l’Assemblée Générale des Nations Unies (en
1948).
C’est pourquoi nous rejetons la négation de ces droits,
tout comme nous rejetons les tentatives de manipulations d’accords
internationaux qui définissent le statut de réfugiés dans le but
d’annuler leurs droits qui restent valables d’une génération à
l’autre.
-
Nous affirmons le droit, affirmé dans le Premier Amendement
à la Constitution des États-Unis, à la liberté d’expression et
de réunion pour protester contre les mesures de l’État d’Israël
et prendre la défense des droits des Palestiniens, entre autres par
le recours à des mesures économiques destinées à soutenir la
justice comme un droit découlant de ce Premier Amendement, et
l’adhésion au mouvement international de Boycott,
Désinvestissement et Sanctions par des individus, des institutions,
des corporations et des groupes religieux qui plaident pour la paix
dans la justice ou qui recourent, de quelque façon que ce soit, à
des mesures économiques pour soutenir la justice.
C’est pourquoi nous rejetons l’idée que toute critique de
la politique de l’État d’Israël est intrinsèquement
antisémite, tout en reconnaissant que certaines critiques sont
effectivement antisémites soit par intention soit par leurs effets,
et nous nous opposons aux actions du gouvernement fédéral et des
gouvernements de plusieurs de nos États pour limiter la liberté
d’expression sur les campus universitaires et pour limiter voire
interdire le soutien au mouvement international de Boycott,
Désinvestissement et Sanctions.
IL
EST EN OUTRE DÉCIDÉ que l’organisation nationale de l’Église
Unie du Christ enverra le texte de cette déclaration à ses diverses
paroisses, associations et autres regroupements ; et
IL
EST ENFIN DÉCIDÉ que tous les établissements de l’Église
Unie du Christ seront invités à recevoir cette Déclaration
comme un appel prophétique pour une mobilisation renouvelée et
permanente en faveur d’une paix juste en Palestine et Israël et à
la considérer comme une ligne de conduite pour d’autres actions,
telles les suivantes :
-
S’engager à entendre les appels des
Palestiniens sur ce qu’ils vivent, dont aussi les appels des
chrétiens palestiniens par l’étude de la théologie
palestinienne de la Libération, la prise au sérieux de
déclarations et d’appels tels que Kairos
Palestine : Un moment de vérité (2009)
et Un cri pour de l’espoir (2020),
participer à des voyages d’étude
qui donnent aux participants l’occasion de rencontrer la
communauté palestinienne, et à faire usage du services des
ministères internationaux de l’Église Unie du Christ et de
l’Église Chrétienne (Disciples du Christ). -
Donner suite aux appels de résolutions antérieures du Synode
Général, dont la Résolution de 2015 Appel à l’Église Unie
du Christ pour qu’elle s’engage en faveur d’une paix juste
dans le conflit israélo-palestinien, et la résolution de 2017
Appel à l’Église Unie du Christ pour qu’elle prenne la
défense des droits des enfants qui vivent sous l’occupation
militaire israélienne. -
Procéder à un examen critique de notre usage et de nos
interprétations de l’Écriture ainsi que de nos liturgies et
hymnes qui assimilent l’ancien Israël biblique avec l’État
moderne d’Israël de façon à promouvoir la construction de
colonies israéliennes, l’accaparement de terres palestiniennes,
et la privation des Palestiniens de leurs droits et des expressions
de leur culture. -
Soutenir et- encourager les étudiants et les enseignants
d’institutions universitaires et les organisations de défense des
droits humains (comme par exemple Students for Justice in
Palestine / Étudiants pour la justice en Palestine, Jewish
Voice for Peace / Voix des Juifs en faveur de la paix.,
American Muslims for Palestine / Musulmans américains pour la
Palestine et bien d’autres groupes engagés sur ce créneau)
dont la liberté de parole, de témoignage et de plaidoyer est
menacée sur les campus universitaires par le gouvernement des États
ou les autorités locales ou les administrateurs des universités. -
Demander la suspension de l’aide militaire
américaine à Israël aussi longtemps que les droits
humains, les droits civils et le droit à l’autodétermination des
Palestiniens ne seront pas pleinement respectés et protégés
conformément au droit international, aux lois américaines sur
l’aide militaire à des pays étrangers et aux grands principes
des droits humains. -
Soutenir le rétablissement complet du soutien financier américain
à l’Office de secours et de travaux des Nations Unies (UNRWA) qui
assure des services essentiels aux réfugiés palestiniens, et
encourager la poursuite du soutien d’organisations partenaires de
l’Église Unie du Christ qui viennent en aide aux réfugiés
palestiniens. -
Exiger que la situation des réfugiés palestiniens soit traitée
par Israël et la communauté internationale conformément à la
Résolution 194 des Nations Unies qui décide « qu’il y a
lieu de permettre aux réfugiés qui le désirent de rentrer dans
leurs foyers le plus tôt possible et de vivre en paix avec leurs
voisins, et que des indemnités doivent être payées à titre de
compensation pour les biens de ceux qui décident de ne pas rentrer
dans leurs foyers et pour tout bien perdu ou endommagé lorsque, en
vertu des principes du droit international ou en équité, cette
perte ou ce dommage doit être réparé par les gouvernements ou
autorités responsables ».
FINANCEMENT
Le
financement de la mise en œuvre de la Résolution sera effectué
conformément à l’ensemble des missions des organismes concernés
et selon les fonds disponibles.
MISE
EN ŒUVRE
Les
responsables de l’Église, en concertation avec les ministères
concernés et d’autres organismes au sein de l’Église Unie du
Christ, détermineront l’organe de mise en œuvre.
Traduit
par les Amis de Sabeel France
COURRIER DE REMERCIEMENT ENVOYÉ PAR LES RESPONSABLES DE KAIROS
PALESTINE AU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL ET PRÉSIDENT DE L’ÉGLISE UNIE
DU CHRIST
Le 22 juillet 2021
Au Rév. Dr. John C. Dorhauer,
Secrétaire Général et Président de L’Église Unie du Christ aux
États-Unis d’Amérique.
Cher Révérend Dorhauer,
Le conseil d’administration et le personnel de Kairos Palestine a
été heureux et réconforté en prenant connaissance de
l’impressionnant vote en faveur de la résolution Déclaration
pour une paix juste entre la Palestine et Israël prise par
l’Église Unie du Christ lors de son 33ème Synode
Général.
C’est plus qu’un signe de solidarité : nous recevons le
vote du Synode comme un acte de foi et de responsabilité très fort
qui crée un précédent au sein des diverses Églises chrétiennes
en Amérique du Nord.
Depuis de nombreuses années et à travers de nombreuses résolutions
et actions, l’Église Unie du Christ s’est tenue aux côtés des
Palestiniens dans notre combat pour une paix juste et durable. Nous
sommes reconnaissants pour la référence de la résolution aux
documents de Kairos Palestine Un Moment de Vérité : Une
parole de foi, d’espérance et d’amour venant du cœur de la
souffrance palestinienne et Un cri pour de l’espoir :
Appel à une action décisive. D’autres seront ainsi peut-être
incités à lire notre appel fondé sur la foi, l’espérance et
l’amour, et à se joindre à nous dans notre résistance
non-violente aux péchés de la brutale occupation par Israël et à
sa politique et sa pratique d’apartheid.
Comme nous l’avons dit à nos voisins juifs dans Un moment de
Vérité : « Si dans le passé récent, nous nous
sommes combattus, et aujourd’hui encore nous ne cessons de nous
combattre, nous sommes cependant capables d’amour et de vie
ensemble, aujourd’hui et demain. Nous sommes capables d’organiser
notre vie politique avec toutes ses complexités selon la logique et
la force de l’amour, une fois l’occupation terminée et la
justice rétablie. » [Un moment de vérité 5.4.2]
Nous savons que beaucoup de gens ont travaillé longtemps et
laborieusement à l’élaboration de la résolution, à sa diffusion
en vue de son approbation, pour informer et ouvrir les yeux de
beaucoup et faire en sorte qu’elle soit adoptée par le Synode.
Veuillez leur faire part, à eux et à vos nombreuses paroisses, de
toute notre gratitude.
Sincèrement
+ Patriarche Émérite Michel Sabbah Rifat Kassis
Président de Kairos Palestine Coordinateur Général de Kairos
Palestine
Traduction par les Amis de Sabeel France
1
Israeli Committee Against Home
Demolitions: https://icahd.org/
(Comité israélien contre les démolitions de maisons).
2
United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees in the
Near East: https://www.unrwa.org/
(Agence des Nations Unies pour l’aide et le travail pour les
réfugiés palestiniens au Proche Orient).
3
https://www.vox.com/world/2018/7/31/17623978/israel-jewish-nation-state-law-bill-explained-apartheid-netanyahu-democracy
(loi d’Israël État-Nation juive expliquée apartheid Nétanyahu
démocratie).
4
https://www.globalministries.org/ecumenical_statement_on_current_u_s_policy_and_israel_palestine
(déclaration du service international de l’Église Unie du
Christ sur la politique actuelle des USA et Israël-Palestine)
https://www.globalministries.org/ucc_disciples_leaders_issue_joint_statement_in_response_to_the_peace_and_prosperity_proposal
(déclaration commune de leaders de l’Église Unie du Christ en
réponse à la proposition ‘paix et de
prospérité’)
https://www.globalministries.org/not_peace_but_apartheid_b_tselem_s_brief_response_to_the_trump_plan
(ce n’est pas la paix mais l’apartheid, brève réponse de
b’tselem au projet de Trump)
https://www.globalministries.org/ucc_disciples_leaders_issue_statement_on_israeli_settlements
(déclaration de responsables de l’Église Unie du Christ sur les
colonies israéliennes).
5
https://forward.com/fast-forward/410044/trump-education-dept-adopts-controversial-new-definition-of-anti-semitism/
(adoption par le ministère de l’Éducation de l’administration
Trump d’une définition nouvelle et controversée de
l’antisémitisme) et
https://palestinelegal.org/news/2018/9/11/kenneth-marcus-adopts-controversial-antisemitism-definition-at-doe-with-no-public-notice-reopens-dismissed-rutgers-case-from-2014?rq=anti-semitism%20department%20of%20education
7
https://www.wrmea.org/israel/palestine/how-settler-colonialism-can-help-us-understand-israel-and-the-us.html
https://www.globalministries.org/ameu_s_the_link_the_decolonizing_of_palestine_towards_a_one_state_solution_by_jeff_halper
8
Kairos Palestine et Kairos mondial pour la justice. Traduction
française sur le blog desn Amis de Sabeel France :
https://drive.google.com/file/d/17PhzARWjV9cePviJYXipgNwJNAHgGKYq/view