Mille jours se sont écoulés depuis que Gaza a basculé dans l’un des chapitres les plus sombres de notre histoire moderne.
Depuis mille jours, les Palestiniens subissent sans relâche les massacres, la famine, les déplacements forcés et les destructions perpétrées par Israël. Des familles entières ont été anéanties, effaçant ainsi des générations du peuple palestinien. Des maisons, des hôpitaux, des écoles, des universités, des lieux de culte et des camps de réfugiés ont été réduits en ruines. Une population entière a été dépouillée de sa dignité humaine fondamentale et de ses droits, tandis qu’une grande partie du monde a assisté à ces événements en gardant le silence ou a même justifié l’un des pires crimes contre l’humanité.
En tant que Kairos Palestine, nous ne pouvons garder le silence. Notre foi et notre humanité nous appellent à dire la vérité, à défendre la vie et à nous tenir aux côtés des opprimés et contre l’oppression. Garder le silence face à une injustice aussi écrasante est une trahison tant de l’Évangile que de notre commune humanité.
Pourtant Gaza n’est pas le seul front. Partout en Cisjordanie occupée, Israël continue d’accélérer l’expansion des colonies, le terrorisme des colons, les déplacements forcés, les attaques militaires et l’annexion de fait. Les communautés palestiniennes de toute la Cisjordanie, telles celles de Taybeh, de Beit Sahour et de nombreuses autres villes et villages, sont déracinées de leurs terres et soumises à une pression croissante due au terrorisme des colons, à la confiscation de terres et à l’expansion continue des colonies, ce qui menace la poursuite de leur présence dans le pays et accélère leur déplacement forcé.
Tout cela est le reflet d’un projet politique dangereux ancré dans l’idéologie colonialiste sioniste qui vise la domination de toute la région par la force militaire et l’expansion territoriale, et qui exploite le désir de paix et de sécurité des populations pour légitimer l’oppression, la ségrégation et le génocide.
Nous sommes profondément alarmés par les appels de plus en plus nombreux, au sein de la classe politique israélienne, en faveur d’une annexion permanente et d’un soi-disant « Grand Israël ». De telles ambitions ne constituent pas seulement une violation grave du droit international, mais renforcent aussi la déshumanisation et l’oppression des Palestiniens et des peuples voisins et menacent de condamner toute la région à des décennies de guerres récurrentes et d’instabilité. Une sécurité durable ne pourra jamais être obtenue par l’occupation, les déplacements de populations et les guerres.
Comme chrétiens palestiniens, nous rejetons toute tentative visant à instrumentaliser nos Écritures pour justifier l’oppression, la colonisation ou la destruction de notre peuple ou de tout autre peuple. Dieu n’est jamais du côté de l’injustice, Dieu se tient toujours aux côtés des opprimés. Comme nous l’avons affirmé dans le premier document Kairos Palestine, l’occupation est un péché contre Dieu et contre l’humanité, car elle nie l’image de Dieu en ceux qui sont opprimés.
Aujourd’hui, après mille jours de génocide, le monde ne peut plus prétendre l’ignorer, car les preuves sont accablantes. La question n’est plus de savoir si ces crimes sont commis ou ne le sont pas, mais plutôt si les gouvernements, les Églises et les institutions internationales vont enfin les reconnaître et agir avec foi et courage, comme ils sont appelés à le faire, tant moralement que légalement.
C’est pourquoi nous appelons :
- Les gouvernements
- Pour ce qui concerne Gaza : à faire pression sur Israël pour qu’il se retire complètement et immédiatement de la bande de Gaza et garantisse l’acheminement sans entrave d’une aide humanitaire suffisante, à mettre fin au soutien militaire et à la fourniture d’armes qui permettent la violation du droit international, à entamer la reconstruction de Gaza et à soutenir une véritable responsabilisation par le biais des mécanismes juridiques internationaux.
- Pour ce qui concerne la Cisjordanie : à rejeter l’annexion, l’expansion des colonies et toutes les tentatives visant à redessiner la région par la force militaire, tout en œuvrant pour une paix juste et durable qui garantisse la liberté, l’égalité et la sécurité pour tous.
- Les Églises du monde entier à aller au-delà de simples déclarations d’inquiétude et à mener des actions concrètes, créatives et non violentes, pour demander des comptes aux gouvernements, aux entreprises et aux organisations chrétiennes. Cela inclut de plaider en faveur de boycotts, de désinvestissements et de sanctions ciblés, de mettre fin au soutien militaire et économique qui permet l’oppression, et d’exiger une responsabilité totale en vertu du droit international.
Car il ne s’agit pas simplement d’une énième « crise » politique. C’est un moment Kairos, un moment de vérité. L’histoire ne se souviendra pas seulement de ceux qui ont commis ces crimes, mais aussi de ceux qui sont restés silencieux pendant qu’ils se déroulaient.
Notre espérance n’est pas fondée sur la puissance militaire ou des calculs politiques. Elle est fondée sur le Dieu de la justice qui nous appelle à résister au mal, à défendre la dignité humaine et à croire qu’une paix fondée sur la justice est encore possible.
Sa Sainteté le pape Léon XIV a écrit : « Ce n’est pas la guerre qui résout les problèmes ; au contraire, elle les amplifie et inflige des blessures profondes à l’histoire des peuples, des blessures qui prendront le temps de plusieurs générations pour guérir. Aucune victoire armée ne peut compenser la douleur des mères, la peur des enfants, ou les avenirs volés. »
Puisse la mémoire de ces « mille jours » devenir non point un énième jalon de l’incapacité à s’opposer au règne du pouvoir, mais un moment Kairos dans lequel la conscience collective humaine s’éveille enfin, dans lequel la responsabilité commence à être assumée, afin que le chemin vers une paix juste puisse enfin à nouveau être ouvert.
Kairos Palestine
Traduit par les Amis de Sabeel France